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Harcèlement au Travail : « Le plus important, c’est de ne pas rester seul ! » - Interview de Patricia Capelle

Cadre Averti a été créé pour accompagner les cadres dans la défense de leurs droits, malheureusement on observe de plus en plus de situations de harcèlement dans les entreprises. Pour comprendre ce phénomène Cadre Averti interroge cette semaine, Patricia Capelle, créatrice du site defenseharcelementtravail.fr.  

Cadre Averti : Est-ce que vous avez l’impression que le harcèlement est un phénomène récent ?

Patricia Capelle : 

Malheureusement non. Le harcèlement est inhérent aux relations humaines. Il existe aussi bien dans la sphère privée que professionnelle. Dans le cadre de la relation employeur employé, même si ces termes n’existaient pas alors, c’est ce que l’on appelait sans aucun problème le droit de cuissage du châtelain, ou les droits du maître sur l’esclave. Tout élément que l’on retrouve à l’occasion d’un lien de subordination. 

La différence actuelle, c’est qu’on en parle. Auparavant ce phénomène était au mieux tabou, au pire socialement admis.

Or l’évolution de notre société a peu à peu conduit à la condamnation de ces pratiques, accompagné de sanctions au niveau juridique. Les salariés ont désormais droit à la protection. Ils ont la possibilité d’être entendus, représentés et défendus. Ils peuvent espérer échapper à une relation binaire déséquilibrée. 

Cadre Averti : Quels sont vos principaux conseils pour les victimes de harcèlement (que ce dernier soit moral ou sexuel) ?

Patricia Capelle : 

Ouvrir les yeux. Essayer de prendre du recul et parler. Surtout ne pas s’isoler. Il faut qu’ils osent partager ce qu’ils ressentent. 

Le harcèlement attaque l’individu dans son intégrité. C’est un viol qui parfois peut être collectif.

Au lieu d’endosser le rôle de victime consentante, un peu coupable, il faut changer d’optique. 

La honte doit changer de camp.

Témoigner. La difficulté réside alors dans le choix des interlocuteurs. Il faut éviter d’être trahi deux fois.

En l’espèce malheureusement le DRH n’est pas toujours le meilleur interlocuteur. Il n’est pas au service du salarié. Il est principalement au service de son employeur. Dans certains cas l’employeur et toute la politique de l’entreprise peuvent être en cause.

Le médecin du travail peut être un bon interlocuteur car il est soumis au secret ce qui n’est pas le cas du DRH.

Cadre Averti : Comment avez-vous eu l’envie de créer une association pour les victimes de harcèlement ? Quelles sont les actions qui y sont menées ? 

Patricia Capelle :  

La jurisprudence France Télécom a été un élément déclencheur. Elle a signifié de manière ferme le caractère hors la loi des manœuvres de harcèlement dans l’entreprise.

Alors que les textes juridiques sont là et que le cadre législatif ne laisse aucune place au doute quant au caractère condamnable de ces situations, les faits de harcèlement continuent avec un relatif sentiment d’impunité. Cette jurisprudence ouvre la voie à un changement, elle montre que la justice peut frapper avec des peines lourdes jusqu’à l’emprisonnement. Le rappel à la loi et la force de la condamnation, la responsabilité pénale des dirigeants, est un choc.

La décision prise par la cour représente une grande victoire pour toutes les victimes. C’est aussi une victoire pour tous les cadres en entreprise qui assistaient souvent impuissants à ces situations.

L’association se situe en amont du processus. Nous voulons que les conditions du harcèlement soient mieux évaluées. Nous avons pour objectif de supprimer dans la mesure du possible tous les éléments qui peuvent favoriser les conditions du passage à l’acte.

A cet effet nous avons rédigé une charte dite charte du « Savoir-Être » faisant écho à la « Raison d’Être » adoptée en entreprise en lien avec la loi Pacte. La raison d’être inscrit l’entreprise dans un environnement social global. Les conditions de travail et l’attitude adoptée face au corps des salariés managers et managés en font partie. Le management est une composante essentielle et c’est sur ce point que nous intervenons.

Cette charte doit permettre de faire évoluer les partis-pris liés aux conditions nécessaires à la mise en place du mangement en entreprise. Ce sont ces composantes qu’il est nécessaire de modifier.

En effet le harcèlement est lié au type de relations qui régissent les relations de subordination conditionnant les interactions. L’OIT a en 2019 posé les règles d’une meilleure attitude face à ces problématiques et déterminé la responsabilité des entreprises. Notre Charte ne fait que formaliser ces règles internationales. 

Cadre Averti : Que pensez-vous d’un site comme Cadre Averti qui donne des conseils aux victimes de harcèlement au travail ? Quand faut-il se faire assister par un avocat ? 

Patricia Capelle : 

Le rôle d’un site comme Cadre Averti est essentiel. Le recours aux conseils professionnels est freiné parce qu’il est souvent synonyme de coûts. Or les salariés victimes sont fragilisés et ne vont pas tout de suite envisager de payer une prestation dont ils ne savent pas vraiment en quoi elle pourra leur permettre de réagir. De plus ils pensent souvent qu’ils n’ont pas les moyens de mettre en place une procédure. C’est une décision importante.

Ce site pose les vraies questions en y répondant et pas seulement en proposant une prestation payante. Il aide probablement celui qui le consulte à entrevoir une solution aux problèmes et lui permet d’envisager d’aller de l’avant.

Je pense que le recours à un conseil d’ordre juridique est toujours indispensable. Très tôt. Parce que le simple recours à la discussion pour libérer la parole s’il permet de ne pas sombrer dans la dépression, ne permet pas en revanche de comprendre les mécanismes qui peuvent se mettre en place à l’encontre du salarié à son insu. Ceci est aussi vrai au niveau de l’employeur, car rappelons ici que le harcèlement peut aussi émaner des salariés à leur encontre.

Ils doivent avant tout se protéger. Il y a deux aspects dans le harcèlement l’aspect humain et l’aspect juridique. Dans le cadre de la relation salariée, seul l’avocat est à même de donner un conseiller avisé.

Je retiens le témoignage d’un salarié venu prendre conseil auprès d’un avocat parce que la situation était difficile avec son manager. L’avocate en lisant les éléments apportés lui a indiqué « mais votre manager constitue un dossier pour faute ». Ce salarié n’avait pas idée du lien entre harcèlement et constitution de dossier.

Le fait d’avoir consulté un professionnel lui a permis dans ce cas de déjouer les manœuvres dont il était en réalité l’objet afin de reprendre l’avantage.

Cadre Averti : Les salariés nous disent souvent qu’ils n’osent pas dénoncer le harcèlement qu’ils subissent par peur des représailles ou par honte. Que pouvez-vous leur dire pour les rassurer ?

Patricia Capelle : 

Pour les rassurer, pas grand-chose et à la fois beaucoup : ils ne sont pas seuls !

L’important c’est de ne pas rester seul. Le salarié en butte à ce type de situation est un salarié qui par la force des choses traverse une zone de souffrance personnelle intense.

De la souffrance à la dépression il n’y a qu’un pas. Il ne doit pas laisser la situation dégénérer et l’amener à cette dépression.

Il existe de nombreuses associations qui prennent en charge l’écoute du salarié en difficulté. Il doit les contacter. Il doit prendre conseil auprès des professionnels du droit qui lui permettront de ne pas commettre d’erreur. Il faut absolument que la situation qu’il subit ne se retourne pas contre lui de manière plus insidieuse.

Concernant les représailles et la honte, on ne peut nier que leurs craintes sont fondées. On doit inverser l’effet. On doit s’attaquer à cette crainte qui fait la force du harceleur, sans quoi il ne s’autoriserait pas à avoir ce comportement. La seule manière de le désarmer c’est de passer outre, d’inverser la crainte de la honte et les représailles et retourner contre lui ses propres armes.

C’est bien du sentiment d’impunité, d’immunité que découle l’action.

Telle est la raison de notre engagement, limiter ces comportements en amont et responsabiliser l’entreprise et ses salariés sur ces sujets. C’est l’affaire de tous. Seule la prévention pourra efficacement faire évoluer ces pratiques.

Harcèlement au Travail : « Le plus important, c’est de ne pas rester seul ! » - Interview de Patricia Capelle

Françoise de Saint sernin

Avocate en droit du travail, a crée et anime le site Cadre Averti

Coordonnées du cabinet :

SCP Saint Sernin - 156, avenue Victor-Hugo - 75116 Paris
Tél : 01 40 67 95 93
www.saintsernin-avocats.com

A propos de Cadre Averti

Conçu par Françoise de Saint Sernin, avocate spécialisée dans la défense des intérêts des cadres et dirigeants au sein du cabinet saintsernin-avocats.fr, Cadre Averti a pour ambition de répondre aux premières interrogations de salariés confrontés à un aléa de carrière. Ce site propose ainsi un grand nombre de fiches techniques permettant immédiatement de comprendre les enjeux d’un dossier et de se repérer dans le maquis des textes.

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