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Canicule : et si on repensait notre quotidien au travail (à plus long terme) ?

Il n’y a pas que les personnes âgées qui souffrent de la chaleur. Au bureau ou sur les chantiers, les salariés sont confrontés à un paradoxe : ils doivent être tout aussi productifs alors que la chaleur diminue les performances et augmentent les risques pour la santé. Puisque c’est l’été et qu’il va continuer à faire chaud, profitons-en pour améliorer notre environnement de travail !

Ne pas travailler : une solution d’urgence

En cas de trop forte chaleur, doit-on arrêter de travailler ? C’est la question qu’on peut lire partout. Il est possible pour un salarié d'exercer son droit de retrait s'il pense être en situation de « danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé » ou s'il constate un défaut « dans les systèmes de protection » suivant l’article sur le droit au retrait (article L4131-1) du Code du travail. En pratique, un salarié qui constaterait qu'aucune disposition n'a été prise par son employeur ou que les mesures mises en œuvre apparaissent insuffisantes au regard des conditions climatiques est fondé à saisir l'inspection du travail, rappelle le plan canicule. S’agissant de la gravité et l’imminence du danger, son appréciation relève du juge qui prendra en compte l’état de santé du salarié, mais il y a un vrai risque pour le salarié que ce dernier ne soit pas reconnu. Ce contrôle arrive cependant à posteriori, et donc trop tard. Ne pourrait-on pas s’inspirer du droit allemand qui prévoit des mesures précises ? Par exemple, si la température dépasse 35°C dans la pièce où les salariés travaillent, l'employeur doit les inviter à quitter les lieux. En dessous de cette température il y a des mesures graduées. Si la température dépasse 27°C, la loi impose la réduction du temps de travail à six heures par jour. Au-dessus de 29°C, c'est quatre heures par jours. A noter que ces mesures s’appliquent également dans les écoles allemandes.

Repenser le travail à plus long terme !

Malheureusement selon Météo France, le réchauffement planétaire se poursuivra pendant au moins plusieurs décennies et s’accompagnera de vagues de chaleur de plus en plus nombreuses et intenses. Les événements climatiques extrêmes devraient ainsi doubler d’ici à 2050. En fin de siècle, ils pourraient être non seulement bien plus fréquents qu’aujourd’hui mais aussi beaucoup plus sévères et plus longs, avec une période d’occurrence étendue de mai à octobre. Il faudra donc penser à des solutions bien plus globales que le port du short au bureau. Le contrôle des émissions de gaz à effet de serre sera en outre déterminant pour la stabilisation dans la seconde moitié du 21e siècle.

Éviter les déplacements superflus

En cas de fortes chaleurs ou d'épisode caniculaire, l’article L. 4121-1 du code du travail précise que les employeurs ont l'obligation de protéger la santé des salariés. Or, la première épreuve d’un salarié c’est souvent de se rendre au travail en cas de forte chaleur. A cet égard, il est possible d’agir à la fois sur la pollution générée par les transports et l’inconfort des salariés. La chaleur peut provoquer des pannes et malaises dans les transports en commun. De quoi perturber le trafic qui n’en a déjà pas besoin au quotidien. Quant aux voitures individuelles, elles augmentent la pollution de l’air alors que nos métabolismes sont déjà soumis à rude épreuve. Pourtant, l’utilisation des nouvelles technologies de communication (visioconférence, messagerie, etc.) permet d’éviter certains déplacements et les coûts associés. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place une nouvelle organisation du travail définissant de nouvelles règles au sein de l’entreprise et de repenser les habitudes et les façons de travail (notamment par une meilleure prise en compte du travail à distance). Les entreprises devraient encourager les collaborateurs qui le peuvent à travailler depuis leur domicile sans attendre.

Optimiser le temps de travail

De la même façon, il n’est plus nécessaire que tout le monde arrive à 9H et reparte à 18H pour que l’entreprise fonctionne correctement. Dans son dépliant Travail et chaleurs d'été, l'INRS recommande d'adapter le rythme de travail (horaires, pauses supplémentaires, limitation du travail physique), de fournir des aires de repos climatisées et de l'eau. Le décalage des horaires pour effectuer les tâches lourdes aux heures les moins chaudes est d’ailleurs adopté depuis longtemps dans le secteur du bâtiment. Il est ainsi possible de différer les arrivées et les départs afin de diminuer les temps de transports et de profiter de la fraîcheur relative du matin ou du soir. Les entreprises pourraient en profiter pour offrir des plages d’ouvertures étendues à leurs clients (qui ne réclament souvent rien d’autre). Tout cela nécessite néanmoins de revoir la culture des entreprises qui valorisent trop souvent le présentéisme où tous les salariés sont sous le même toit en même temps. Bien évidemment, il est contraignant de changer ses habitudes. Mais le gain individuel et collectif dépasse de loin les contraintes d’un tel changement. 

L’urgence : repenser les villes et les bâtiments !

Dernière épreuve et non des moindres, il faut repenser les villes. L'été sans air conditionné rend les épisodes de forte chaleur invivable dans de nombreuses villes françaises. Certes les employeurs sont tenus de prévoir des locaux ou des équipements adaptés aux changements de conditions climatiques suivant l'article R4213-7 du Code du travail («Les équipements et caractéristiques des locaux de travail sont conçus de manière à permettre l'adaptation de la température à l'organisme humain pendant le temps de travail»). Mais si on souffre au travail, on souffre aussi à son domicile et particulièrement la nuit. Il ne suffit donc pas seulement de s’attaquer à l’environnement de travail. Le climatologue Jean Jouzel, en fait le triste constat sur le site de Libération : «La ville n’est pas adaptée ni préparée au réchauffement climatique. La chaleur se stocke dans les bâtiments et les routes et se déstocke la nuit. On s’évertue à construire des bâtiments qui ne sont pas adaptés à la canicule en préférant installer la climatisation, par facilité ». Des climatiseurs qui rejettent directement dans l’atmosphère la chaleur des bureaux et des habitations, aggravant l’effet de serre et les surchauffes. 

En attendant que les mentalités et les comportements bougent enfin, pour vous rafraichir et rester à l'aise sans climatisation, essayez quelques astuces avec de l'eau, des ventilateurs, des vêtements légers, de la nourriture et des boissons fraiches. Vous pouvez aussi remplir un flacon pulvérisateur et asperger votre peau d'eau froide pour un effet rafraichissant immédiat.

 

Yann-Maël Larher, docteur en droit social - Okay Doc

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