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Droit des femmes : les stéréotypes du vieux monde ont la vie dure !

Officialisée en 1977 par les Nations-Unies, la Journée du droit des femmes reste plus que jamais d’actualité alors que l’égalité femmes-hommes est loin d’être achevée. Malgré des phénomènes comme #MeToo qui ont libéré la parole des femmes, les stéréotypes hérités d'un temps où les hommes allaient chasser avec un arc perdurent, en particulier dans la sphère professionnelle.

Les femmes sont l’avenir économique du monde, et pourtant...


Les femmes sont les premières victimes de la précarité économique, elles demeurent souvent exclues de l’accès aux études et au marché du travail. A l'échelle mondiale, seulement la moitié des femmes en âge de travailler font partie de la main-d’œuvre rémunérée. Dans de nombreux pays (et familles), on impose encore aux filles de s’occuper de la cuisine, du ménage et des enfants au lieu de faire des études et travailler pour subvenir à leurs besoins. Aujourd'hui en Afrique, 25% des femmes sont à l'origine de la création d'entreprises, c'est le meilleur taux pour l'entrepreneuriat féminin au Monde. Même si on reste très loin de la parité c'est un phénomène encourageant qui devrait inspirer l'Europe si nous souhaitons nous aussi innover mieux et plus vite. 

En effet, l'égalité entre les femmes et les hommes est non seulement un droit fondamental mais aussi une condition nécessaire pour la réalisation des objectifs de développement, d'emploi et de cohésion sociale dans le monde. A contre-courant d'un environnement intellectuel hostile, les femmes ont ainsi été dans l'histoire l’origine des innovations économiques, sociales, environnementales les plus originales. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le 1er programme informatique a été créé par une femme : Ada Lovelace au XIXème siècle.

Assistante, infirmière, des métiers systématiquement désignés au féminin !


Selon le dernier Baromètre de la perception des discriminations dans l'emploi en France, 23% des femmes déclarent ainsi avoir été confrontées à des attitudes sexistes pour 6% des hommes. La photo de l'alliance d'HEC et de Polytechnique sans aucune femme en dit long sur le chemin qu'il reste à parcourir en matière d'égalité en France. Qu'il s'agisse des syndicats, de la sphère politique ou des grandes entreprises les femmes sont systématiquement moins représentées dans les sphères de direction. 

Si les avancées technologiques et la mécanisation de certaines tâches ont significativement diminué la pénibilité des métiers, les femmes restent aussi minoritaires dans de nombreux secteurs comme l'armée, l'agriculture ou sur les chantiers alors qu'elles sont surreprésentées dans les métiers d'assistances. Dans le secteur du BTP on compte ainsi seulement 11% de femmes salariées — et 3% de dirigeantes. Preuve que l’image de métiers physiquement exigeants reste ancrée jusque dans les bureaux...

Ces stéréotypes sont également véhiculés par le langage. Alors que les métiers d'assistance comme les infirmières sont systématiquement féminisés, beaucoup de personnes s'opposaient il y a peu encore à l'emploi du mot professeure, écrivaine ou ambassadrice. L'Académie française a finalement tranché la semaine dernière en relevant à cette occasion "une évolution naturelle de la langue, constamment observée depuis le Moyen Âge". 1500 ans d'attente (seulement) !

De nouveaux modes de travail au secours de l'égalité professionnelle ? 


Selon les stéréotypes, une femme doit forcément être une mère et s’occuper des enfants, elle est donc moins susceptible d'occuper un poste à responsabilité (et d'obtenir par ricochet des augmentations de salaire) car sinon qui s'occuperait de préparer le dîner à 19H ? En réalité, ce mal-être lié à l’impossibilité de concilier les temps accordés à la vie privée et à la vie professionnelle reste peu pris en considération. En effet, alors que la productivité des salariés outillés numériquement ne rime plus avec temps de présence, les femmes souffrent particulièrement du manque de flexibilité horaire et spatiale de leur travail, hérité d'une vieille organisation du travail.

Dans les organisations françaises où règnent le présentéisme et la réunionnite, beaucoup de femmes sont contraintes de négocier un 4/5ème alors qu'elles font strictement le même travail que les hommes mais qu'elles s'organisent autrement. Elles se retrouvent finalement à gagner moins et sont ensuite moins susceptibles d'obtenir de l'avancement. En se focalisant sur la réduction des inégalités par le biais de la flexibilité horaire ou spatiale, les entreprises favoriseraient l’employabilité et la carrière de nombreux jeunes parents qui n'auraient plus à choisir entre avoir des enfants ou faire carrière.

Dernier recours : la transparence pour briser le tabou des salaires !


Enième discrimination, selon les chiffres du Ministère du travail, à travail égal, les femmes sont rémunérées environ 9% de moins que les hommes ; cet écart atteint 25% pour l’ensemble d’une carrière et 37% au moment de la retraite. Pour lutter contre cette distorsion, depuis le 1er mars 2019, toutes les entreprises de plus de 1000 salariés doivent publier un index de l’égalité salariale. Pour être considérées comme "bonnes élèves", les entreprises concernées doivent obtenir un score d’au moins 75 sur 100, faute de quoi elles ont désormais trois ans pour se mettre en conformité. Ce dispositif s'appliquera dès mars 2020 à toutes les entreprises ayant plus de 50 salariés. Sans même parler des sanctions administratives (allant jusqu’à 1% de la masse salariale), cet index devrait permettre aux entreprises d'ouvrir les yeux et à de nombreuses femmes de réclamer lors de leurs entretiens annuels le niveau de rémunération qui leur est dû.

En définitive, les choses avancent certes, mais est-ce suffisant pour répondre aux attentes des nouvelles générations ? Pour transformer des intentions en actions concrètes, il faut que les femmes et les hommes s'emparent #TousEnsemble de cette question. Nous avons tous à y gagner. 

Yann-Maël Larher, docteur en droit social 

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