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Non emploi et paupérisation des séniors : le fléau franco-français

Un graphique publié dans Le Monde du 17 septembre 2019 donne froid dans le dos. L’emploi des salariés de plus de 55 ans périclite chaque année de façon spectaculaire avec un décrochage massif entre 59 et 60 ans. A 64 ans, seuls 8,4% des français travaillent à temps complet.

Des seniors sur le banc de touche

Contrairement à la croyance répandue, les séniors qui ont perdu leur travail n’attendent pas leur retraite en pointant au chômage. Faute de pouvoir retrouver un poste en raison de leur âge, ils ont épuisé leurs droits et sont donc majoritairement dans le « halo autour du chômage » c’est-à-dire… à la rue ! C’est ce qu’illustre la bande rose clair « Inactifs » du graphique.

Il s’agit là d’une particularité française. Quand le taux d’emploi des 60 – 64 ans est de 45,1% au sein de l’Union Européenne, il n’est que de 31 ,5 % en France. Et même si l’emploi des séniors a progressé ces dernières années en raison de la disparition des pré-retraites et du recul de l’âge de la retraite, le décrochage avec les autres pays de l’UE reste le même.

Pourquoi les séniors sont-ils si maltraités ? 

La première cause est culturelle. L’entreprise ne veut pas des séniors, partant du principe que plus le salarié prend de l’âge et moins il est performant. De ce fait, déterminée à s’en séparer dès qu’il franchit un anniversaire fatidique, 50 – 55 – 60 ans, elle n’investit aucunement dans sa formation et son adaptation, certaine que lors de son départ elle recrutera un collaborateur plus jeune et donc « forcément » plus compétent et de surcroît, moins cher. Malheureusement, le contre-pouvoir des syndicats allemands, qui imposent la formation continue tout au long de la vie professionnelle et provoquent un taux d’emploi des séniors deux fois plus élevé qu’en France, fait défaut.

Ensuite, sur le plan médiatique, les séniors sans emploi ne déplacent pas les foules. Tant qu’ils sont encore dans l’entreprise la crainte de perdre leur emploi annihile toute velléité de contestation. Lorsque, à leur corps défendant, ils l’ont quitté, ils se retrouvent seuls avec leurs difficultés et ne se mobilisent pas collectivement. Personne ne s’intéresse à eux.

Enfin, sur le plan politique, on se souvient de la « contribution Delalande » instaurée dans les années 1990 et qui pénalisait l’employeur quand il licenciait un salarié âgé. A présent c’est tout le contraire. Le seul rempart qui subsistait, la juridiction prud’homale qui indemnisait les salariés licenciés abusivement quand ils ne pouvaient retrouver d’emploi en raison de leur âge est entravée. Les juges doivent respecter le « barème MACRON ». Ce dernier est calibré pour permettre aux (grandes) entreprises de se délester de leurs quinquas sans bourse délier et plafonne les dommages et intérêts en fonction de la seule ancienneté. Or les quinquas ont statistiquement perdu leur ancienneté (voir article sacrifice des quinquas sur Cadre Averti). Autre mesure, la dégressivité des indemnités chômage (-30% au bout de 6 mois) applicable à compter du 1er novembre 2019 frappera les chômeurs de longue durée et donc les séniors même s’ils ont moins de 57 ans et un certain niveau de revenus.

On sous-estime les conséquences au plan national !

Les quinquas sont la génération pivot. C’est sur eux que repose la cohésion familiale et sociale puisqu’ils assument tout en même temps, la charge des parents âgés, les études des enfants, les remboursements d’emprunt immobilier. Ils quittent prématurément la vie professionnelle à une période où ils n’ont pas pu mettre encore un sou de côté. Le drame qui les touche, tellement banal qu’il n’y a aucun relais sur le plan médiatique, va considérablement marquer leurs proches et notamment la jeune génération. Les parents subissent, les enfants ne pardonnent pas.

Et si c’est la relance de la consommation qui est désormais censée assurer la croissance, les quinquas sortis du marché du travail qui ne peuvent plus assumer les multiples charges qui pèsent sur eux manqueront significativement à l’appel. Dans la distribution des milliards empruntés par l’état, ils sont aux abonnés absents.

N’est-il pas temps de mettre fin à cette calamité sur le plan moral, social, politique, économique qu’est la discrimination vis-à-vis des salariés âgés en France ?

Les solutions existent puisque les autres pays de l’Union Européenne les ont mises en pratique avec succès.

 

Par Françoise de Saint Sernin, Avocate associée - Cabinet SAINT SERNIN

 

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